Fédération Memphis-Misraïm

Fédération Memphis-Misraïm

Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm

La Franc Maçonnerie de Rite Egyptien, lorsqu’elle se structure sous la forme que nous connaissons aujourd’hui, va puiser ses références culturelles et spirituelles dans l’héritage de la Renaissance. C’est à dire dans ce moment historique où l’Antiquité est redécouverte et l’héritage de Rome et de la Grèce, comme du Moyen Orient, nous arrive.

Dans une ambiance « retour d’Egypte », après les opérations de Bonaparte, une pratique maçonnique se développe, pétrie tout à la fois d’ésotérisme et d’engagement social. Les Kabbalistes, les Alchimistes, mais aussi les Carbonari vont trouver un asile spécifique au sein du Rite de Memphis Misraïm.

De grandes figures comme Marconis de Nègre, puis Gérard Encausse (Papus) en France, mais aussi John Yarker au Royaume Uni et aux Etats Unis, vont clore un 19ème siècle axé sur un matérialisme pur en semant les graines d’une recherche initiatique exigeante, au caractère ésotérique très marqué.

Parler de l’histoire d’un rite est utile pour en comprendre les évolutions, mais il est tout aussi important de mettre en lumière ses spécificités en se demandant ce qu’il peut avoir de caractéristique et de novateur. En effet, si un rite a une pérennité, c’est vraisemblablement qu’il correspond à une sensibilité, à une expression qui a sa place dans la tradition Maçonnique.

Rappelons tout d’abord que les rites dits égyptiens se sont distinguer par leurs Hauts Grades, et par les rituels en usage dans les loges bleues. Ce n’est que peu à peu et encore plus à une époque relativement récente que l’on a introduit à la fois en France (et à l’étranger) des éléments tirés de la connaissance que l’on avait de l’Egypte. Quelques textes poétiques et évocateurs, associés à des terminologies spécifiques et des séquences rituelles intenses dans l’implication de la totalité de l’individu, en firent toutefois un rite spiritualiste d’une intéressante portée.

Mais les rites égyptiens ne se sont pas développés ex nihilo. Depuis longtemps déjà, la tradition égyptienne était auréolée de mystères et d’attraits.

Durant tout le moyen âge on était resté à peu près ignorant de toutes les traditions précédentes. Puis l’Occident connut une révolution intellectuelle considérable, celle de la Renaissance et plus particulièrement la Renaissance italienne et florentine. En 1450, Cosme de Médicis et Marsile Ficin fondèrent l’Académie platonicienne à Florence. Durant plusieurs années, Marsile Ficin, à la demande de Cosme de Médicis, traduisit les textes hermétistes, platoniciens et néoplatoniciens. Les acteurs de l’académie de Florence redécouvrirent alors la tradition hermétiste des anciens philosophes et à travers eux, l’Egypte.

Cette redécouverte des traditions anciennes entraîna un réciproque enrichissement. Ces esprits éclairés et libres concilièrent la tradition d’Hermès et les enseignements de Platon, Plotin, Plutarque, Jamblique, Proclus, etc. avec les enseignements kabbalistiques judéo- chrétiens. Il est bien évident que cette héroïque tentative ne fut pas perçue avec autant de tolérance de la part des pouvoirs de l’Eglise, d’autant plus que l’accent était tout de même plus fort sur le plan philosophique et néoplatonicien, que chrétien.

Il devint alors peu à peu évident à la Renaissance qu’au-delà de l’ancienne Grèce, existait une tradition encore plus ancienne qu’il convenait d’étudier. Divers auteurs, cités au début de l’article, se lancèrent sur cette piste à travers des œuvres considérables. La campagne d’Egypte de 1798 aboutit quant à elle à quantité de découvertes, notamment en 1822 celle de l’écriture hiéroglyphique par Jean-François Champollion.

Déjà en Angleterre, Anderson faisait référence aux Mystères antiques, et la franc-maçonnerie se mit peu à peu à intégrer des éléments symboliques relevant des traditions des Mystères. Le décor du temple, le déroulement des rituels se modifia quelque peu dans les premiers grades et acquit dans les Hauts Grades une teinture franchement inspirée des mystères anciens.

Les rites égyptiens ont développés peu à peu des caractéristiques, tant positives que problématiques. L’intention des premiers fondateurs du 18ème siècle était de réveiller, à partir des connaissances de leur époque, l’esprit et dans une certaine mesure la pratique des mystères sacrés des traditions antiques, les intégrant dans le cadre nouveau de la franc-maçonnerie. Plus tard les fondateurs de Memphis et de Misraïm procéderont de même. Nous pouvons distinguer deux influences principales, qui définiront deux aspects de la philosophie de ce rite.

Le premier, plus propre à Misraïm, et mis en place par les frères Bédarride, relève de l’influence de la kabbale judéo-chrétienne s’inspirant assez vaguement de « l’Ordre des Elus-Cohens » de Martinès de Pasqually et des kabbalistes chrétiens de la Renaissance.



Le deuxième, celui de Memphis, activé par Marconis de Nègre, visera plus spécifiquement l’hermétisme classique et les mystères anciens préchrétiens. Nous pourrions presque dire qu’il s’inspire d’avantage, dans l’esprit, de « La Haute Maçonnerie égyptienne » de Cagliostro.

La franc-maçonnerie égyptienne n’est ni une religion, ni un ésotérisme monothéiste, ni un hermétisme héroïque (transformant le héros de l’antiquité en un surhomme destiné à dominer les masses) et pourtant ses 200 ans d’existence continuent à démontrer l’originalité de cette expression.

Tous, John Yarker et Marconis de Nègre, ont tenté de faire revivre sous la forme maçonnique, les Anciens Mystères. Nombreux ont été les symboles, les séquences rituelles qui ont pénétrés la tradition maçonnique dans son entier, et cela quels que soient les rites. Plus explicitement, les rites égyptiens ont essayés de matérialiser et de faire revivre dans leurs systèmes de Grades, ce qu’ils percevaient comme richesse dans les traditions du passé. Mais cet espoir, cet idéal eut beaucoup de mal à s’exprimer car il opposait deux systèmes de pensée, deux façons de voir le monde, un démocratique et exotérique face à un aristocratique et ésotérique.